La signature sonore Upernoir

Il fallait un furieux touche-à-tout pour réaliser la signature sonore d’Autour du Louvre-Lens. Guitariste-compositeur d’ambiances électro-rock, Benjamin Collier a pris les commandes du Métaphone. Rencontre avec celui qui vient de franchir le mur des sons.

 

Que vous inspire le mur sonore du 9-9 bis ?

Franchement, la première fois que je l’ai vu, je me suis dit « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? » Un orgue, une roue mécanique, des bâtons de pluie, des marimbas et j’en passe. Bref, des instruments accrochés à la verticale, qui plus est à l’extérieur, au milieu d’un ancien carreau de fosse ! Il y a de quoi se poser des questions, non ?

Surtout qu’il joue tout seul ce… truc, comme vous dites

Presque… Il est relié à une sorte de partition, à des données numériques. Mais au final oui, on a l’impression que des petits lutins espiègles actionnent des manettes cachées derrière la paroi. Ça m’évoque une immense boîte à rythmes, un jouet. Une forme d’énergie culturelle.

 

 

Le mur du son !

Comment avez-vous abordé la question de la signature sonore ?  

Comme une opportunité, un privilège même. Ce genre de proposition esthétique est assez rare dans la vie d’un artiste. Une signature, c’est important car on l’associe tout de suite à quelque chose. Le support auditif doit être au service de ce qu’il incarne. En l’occurrence, une destination, un territoire, des gens, des lieux, des projets. Pour ALL, je n’avais pas de ligne stricte sinon de passer d’un état disons sombre à une atmosphère plus sereine. Dans le cadre d’une signature sonore, j’ai le sentiment d’être un chef d’orchestre d’un genre particulier. Je ne m’adresse pas à des musiciens en chair et en os mais à une fanfare murale.

Que vous dirigez avec ?

Une télécommande. Vous pouvez l’appeler clavier, pad ou je-ne-sais-quoi, ça fera toujours le boulot d’une commande à distance. J’ai aussi un ordinateur. Il sert à mettre de l’ordre dans une partition vierge qui s’étoffe petit à petit. Chaque instrument possède sa propre piste, sa propre bande. Ici [il touche l’écran] vous avez le gong, là le tambour, et ainsi de suite.

On dirait des couloirs de nage …

De très loin alors… En fait, cet outil juxtapose visuellement des sons qui seront par la suite superposés. Ce qui m’amène à dire que toute création musicale n’est pas un fourre-tout comme certains le sous-entendent parfois mais une construction. Ce n’est pas un mille-feuilles non plus, mais un maillage. Y compris quand on parle de musique électronique.

Au début des années 2000, samplers, séquenceurs et plugs-in révolutionnent le quotidien des gens. Y compris le vôtre ?

Énormément. A cette époque, j’ai la trentaine. J’achète ma première carte son. J’enregistre avec mon ordinateur. Je pense que j’ai dû y brancher tout ce qu’il est possible d’y brancher. Parallèlement, je me forme à l’édition numérique pour être en mesure d’enregistrer des sons proprement, de les reproduire à partir d’échantillons et donc de créer mes propres morceaux. Comme beaucoup, j’écoute Philip Glass, Steve Reich et des DJ comme Gilles Peterson ou Laurent Garnier. Des références encore aujourd’hui.

Et votre vie bascule ?

Non, elle se densifie. Je suis issu d’une culture rock/punk. Quand j’étais ado, la beat music – littéralement « musique de battements » explose. Au courant house de Chicago se mêlent des genres nouveaux comme la jungle, le dubstep, le grime, la drum and bass. Je vous rappelle que les Clash, pur produit punk, mixaient le reggae et le funk. Pendant quinze ans, je suis guitariste/bassiste au sein de Dataz, un groupe hybride electro-funk. On même fait un album avec Erik Truffaz. L’édition sonore arrive dans ma vie avec le millénaire.

L’édition est une clé pour approcher d’autres univers que la musique. 

La musique est au service du spectacle. Il y a les concerts bien sûr mais aussi le théâtre, la danse, la vidéo et tout ce que l’on met derrière l’expression « installation sonore. » Ici même au 9-9 bis en 2019, j’ai participé aux Fugues Sonores. Ce qui me motive, c’est de créer des atmosphères.

Faut-il s’immerger pour créer ou créer une musique qui immerge ? 

Les deux. A Oignies, c’est impossible d’être insensible aux machines qui nous entourent. Le chevalet est là, les poulies, la salle des pendus. On est dans l’histoire. En même temps, pour moi la musique est un vêtement qui habille. Tout est partie d’une ligne de basse d’un morceau qui m’a fait décoller quand j’avais 25 ans à l’époque où je jouais dans les bars londoniens. Pour Upernoir, la ligne est assurée par les marimbas. Il y a un effet crescendo, enivrant. Un mélange de minéral et de végétal qui me lie à ce lieu. Avec mon nom bien sûr. Si coal veut dire « charbon », Collier doit se traduire par « charbonnier », non ?

Propos recueillis par Joffrey Levalleux

Le Métaphone a la musique dans la peau

En réalité, il n’y a pas un ni deux Métaphone mais trois. Il y a d’abord la salle de concerts à la programmation très éclectique. Et puis il y a le Métaphone en tant que panneau instrumental. Celui sur lequel Benjamin Collier phosphore. Enfin, il y a la « peau sonore. » Il s’agit ici d’un ensemble de plusieurs dizaines de hauts-parleurs incrustés sur les flancs est et ouest de la structure du Métaphone. Précisément sur des plaques en bois de mélèze. Contrairement au Métaphone instrument dont le volume est invariable, la peau sonore réagit comme des enceintes de chaîne hi-fi. Mais la comparaison s’arrête là. La peau sonore restitue un son en octophonie, créant une spatialisation du son très particulière. Il y a d’autres paramètres à prendre en compte. La peau sonore est soumise aux aléas climatiques. La chaleur, le froid, le vent ou encore la pluie interfèrent sur la restitution des sons. Ce qui en fait un élément fragile mais terriblement vivant.